Il existe des moments de pure magie parfois, le concert de Tiken Jah en était un. En un peu plus de deux heures de concert, en ce jour d'accueil du printemps du 20 mars 2005, Tiken Jah a transporté un peu de chez lui dans sa voix, dans sa présence, dans ses mots et il nous a fait don de cet " ailleurs " que dans le reggae on ne cesse de louer : l'Afrique. Mais ce n’est pas l'Afrique du club med ni celle des safaris qu'il nous chante. Il nous chante une Afrique spoliée, en colère. Une Afrique lasse des dictatures, des perfusions économiques imposées par l'occident. Vous savez, cet occident qui produit tellement de petits revolutionnaires à la sauce " tryo", cet occident qui se fait des dreadlocks, cet occident qui déshabille parfois des filles de petite vertue pour les coucher sur le papier glacé d’un cd qui ne l’est pas moins. Oui Tiken Jah est bien plus qu'un chanteur, Griot moderne, artiste en exil pour ses prises de position, un être humain qui ne réclame que ce que l'on a un peu obtenu ici, en occident, et que l'on ne cesse de gacher ou de laisser filer : la liberté ! Cette liberté lorsqu'elle est chantée par certains artistes du dancehall francophone " undergound " est bafouée parce que ceux qui la prône à tort et à travers ne savent pas ce qu'est reellement la liberté. Un mot, un concept, un thème de chanson pour des featurings commerciaux, comme par exemple le dernier artiste antillais à la mode en combinaison avec le dernier artiste underground de la scène ragga parisienne. Oui je sais on dit dancehall, on ne dit plus ragga. Ce soir la, la salle est impatiente de recevoir le message et ce sont tout d’abord les musiciens qui ouvrent le " bal " avec une rythmique basse/batterie terriblement agressive qui exprime clairement que ca rigole pas. Les skanks sont balancés comme autant de coups de lame de rasoir, autant de traits de lumiere qui eclairent les coins obscurs de l’histoire actuelle ou passée qui lit l’Afrique a ce que nous appellons ici " Babylone ". Puis le Grand Tiken Jah, le grand frere des opprimes de l’afrique, le leader des sans voix, rentre sur scene pour ebrecher encore et encore le pouvoir des imposteurs, des comploteurs avec comme seul arme sa voix, sa presence et ses mots. On imaginerait bien mal qu’un des " artistes ", précédemment evoqué ci dessus, vienne sur scène pour " mash up " le public et nous demander si on " feel irie ". Durant deux heures, j’ai redécouvert ce que pouvait etre un concert de reggae " militant ". Pas un seul gimmick, pas de plan convenu pour amuser la galerie, pas de poncifs. Des gens de partout se sont déplacés pour venir l’écouter. Des centaines de paires d’yeux, des centaines de fenêtres ouvertes sur une certaine idée du monde, sur une Afrique unie, une Afrique forte, auto-determinée. Une Afrique qui, c'est inévitable, finira par faire son union et ce jour là, ca va faire mal...

Lire la suite
J'arrive devant l' entrée de la
Magyd Cherfi, chanteur au sein de l'ex-groupe toulousain Zebda actuellement en
pause, s'est autorisé une petite escapade solo pour livrer un album presque " personel " qui s'ecoute comme on lit un livre de nouvelles. Magyd est un homme
engagé avant même d'etre un " chanteur engagé", c'est pour
cela que ses chansons sonnent toujours vraies dans la mesure où il ne
s'agit pas pour lui de jouer un role très a la mode ( celui de " rebelle " )
mais juste d'apporter sa pierre à l'édifice d'un courant humaniste
qui est debarrassé de ses " niaiseries bobo " et des consensus
mou d'amour fraternel d'une gauche qui n'est plus à l'écoute du
monde dans lequel elle évolue péniblement. Magyd est capable de
chanter sur tous les styles de musique, car le fond prime sur le style, et ca
fait de lui un chanteur qu'il est difficile de cloisonner dans un vocable mercantile.
A ce titre, il a sa place un peu partout, et c'est ce qui m'a invité à vouloir
en savoir un peu plus sur ses idées, son combat. Il a eu la gentillesse
de m'accorder un peu de son temps pour une interview que vous pouvez lire ici
meme. Pas de blah-blah, du concret et surtout du vécu...






